DOSSIERS : le Wathil - Ali Nikiéma    
Etude d'un autel lobi : le Wathil
 

Les lobi croient en de nombreuses puissances spirituelles dénommées "Thila" destinées à protéger les individus dans les diverses circonstances de leur vie.
Le Wathil (terme générique) est l'autel dédié à l'ancêtre féminin du matriclan. Le wathil principal est placé dans la grande maison du matriclan. Ceux que l'on rencontre en brousse sont ceux dont la maison d'origine est tombée en ruine. Le whatil peut ainsi être situé dehors sous un arbre, dans une grotte.


La constitution du wathil varie selon les sous-matriclans. Il peut être une branche fourchue, fichée en terre, provenant de l'arbre attribué au matriclan considéré. Des statuettes représentant des femmes sont parfois déposées auprès de l'autel. Il ne devrait y avoir qu'un seul autel principal par matriclan, mais l'ont trouve parfois plusieurs wathil intermédiaires, probablement un pour chaque sous-matriclan.
Le rôle du wathil est important dans la vie sociale. C'est là que doivent se régler les conflits entre les utérins, là que doit être réparée toute faute commise à l'encontre des règles édictées par les ancêtres. Par exemple, si le fils d'un KAMBIRE a une différend avec un DA, fils de Kambire, les ancêtres communs sont soncernés et ce différend doit se régler au wathil des KAMBIRE, car ils sont " frères ".
La paix et l'harmonie à l'intérieur du matriclan sont les qualités requises pour sa fécondité, elles sont indispensables à la reproduction.
 
En tuant un utérin, on s'expose à la colère des ancêtres qui peuvent rendre les femmes stériles. C'est le pire des malheurs pouvant atteindre un africain et plus particulièrement un Lobi. Si un lobi tue un utérin, il est exclu du matriclan et ne peut ni hériter, ni même assister aux funérailles d'un membre de son matriclan. Le sacrifice de réparation devra obligatoirement être fait sur l'autel principal du matriclan, le plus souvent par un allié (maadaar) qui intervient pour le compte du coupable. La plupart du temps, les choses "s'arrangent" car " les flèches n'entrent pas dans le matriclan ". Chez les lobi, cela peut être considéré comme un accident, mais celui qui a tué un utérin ne peut pas jouir, pour ce meurtre, de l'honneur réservé aux guerriers.


C'est sur l'autel du matriclan des acquéreurs qu'étaient effectués les rituels d'intégration des captifs, achetés ou pris au cours des combats. On faisait le sacrifice sur l'autel du matriclan concerné et on leur rasait la tête.
A partir de ce moment, ils devenaient " enfants " de ce wathil et étaient assimilés ainsi aux utérins.
Le meurtre d'un captif méritait des lors les mêmes châtiments et demandait les mêmes réparations que le meurtre d'un lobi de souche.
En l'absence ou empêchement d'un wathildaar (prêtre du wathil) ou de ses assistants, un captif intégré, initié aux coutumes du matriclan peut les suppléer puisqu'il a été acheté avec l'argent du wathil, héritage des ancêtres du matriclan.
Le lobi consulte le wathil en toute circonstance concernant la descendance de l'ancêtre du matrilignage en sacrifiant un poulet, mais la chair de ce dernier ne peut être consommée que par les membres du matriclan concerné. Les alliés du matriclan ne peuvent ni en manger, ni boire de la bière de mil offerte à cette occasion.

Le culte du Wathil, comme tout autre culte, est transmis de père en fils, même si le fils n'est pas forcément du même matriclan que le père.
Le père du nouveau wathil, nommé Natha par exemple, procède aux sacrifices. D'abord celui d'un mouton, puis d'un bœuf et de très nombreux poulets ( plusieurs centaines), puis il mélange un peu de bière avec de la farine de mil dans un petit pot à sauce et verse le contenu sur Natha dont l'autel, construit en terre et placé devant la maison évoque une forme humaine.

Le plus âgé du matriclan est généralement wathildaar, c'est à dire prêtre du wathil et responsable du matriclan.

Dans les cérémonies, il s'adresse au wathil et prend la bière sacrée, ses assistants en boivent aussi, mais s'il en reste c'est lui qui doit la terminer. Le fils du prêtre, puisque né d'un homme du matriclan, peut lui aussi boire la bière sacrée et assister son père dans les cérémonies. Le plus souvent cependant, cette fonction est dévolue à un neveu utérin du prêtre ou à défaut à un membre du matriclan, parmi les plus âgés.
Le wathildaar est chargé de la fabrication du "médicament" du matriclan. Chaque wathildaar désigne lui-même son remplaçant. Ce dernier est ensuite intronisé au cours de coûteuses cérémonies magico-religieuses nécessitant parfois le sacrifice d'un bœuf, de volailles par milliers, de nombreux animaux domestiques moutons, chiens, cabris …

Les sacrificateurs après avoir appliqué sur les ailes de leur nez et autour de leur bouche le médicament du wathil, placent dans leur bouche des piquants de porcs-épics et les soufflent avec forces sur les paniers de volailles. Les piquants, ainsi expulsés, traversent les corbeilles comme des flèches et tuent les volailles : un piquant par animal.

Dans le matriclan Palé, par exemple, le bœuf est introduit dans le GBALA (salle commune) puis terrassé et attaché, les quatre pattes en l'air. Le futur wathildaar monte alors à califourchon sur l'abdomen de l'animal et tape sur la poitrine de celui-ci avec une clochette sacrée, tandis que les maîtres de cérémonies s'adressent au wathil. Le bœuf expire, sans qu'on l'ait tué. On met toute la volaille, poules, pintades… dans des corbeilles en face des officiants ;

Il existe d'autres autels dédiés à la protection de la famille, des chasseurs, ainsi qu'aux soins des enfants malades et orphelins.

Textes de Madeleine PERE, Docteur ès lettres et sciences humaines


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Cheminement d'un artiste moderne, Ali NIKIEMA

Ali NIKIEMA est devenu sculpteur/bronzier par tradition familiale. Ses grands-parents étaient déja bronziers bijoutiers. Son père perpetua cette tradition en ajoutant aux bijoux la confection de marmites en aluminium. C'est à Gnocsin (Ouagadougou), de 1966 à 1970, au sein de l'atelier familial de Sibiri Madi DERME, son oncle, que le jeune Ali Nikiéma apprend son futur métier. En 1971, son maître le fait entrer comme stagiaire en Centre National d'Artisanat d'Art (CNAA) de Ouagadougou . Sibiri Madi DERME y est alors formateur. Dès 1976, au terme de sa formation, il vole de ses propres ailes et est autorisé à créer des œuvres originales, à les exposer et à les commercialiser. Devenu à son tour formateur, il est aujourd'hui chargé, au CNAA, de transmettre son savoir aux jeunes apprentis qui rêvent eux aussi de devenir maîtres bronziers.
Toujours en quête de perfectionnement, Ali Nikiéma effectue deux stages en Italie, l'un en 1983 à l' atelier "Massimo" pour la fonderie d'art et l'autre en 1986 à l'atelier "Melier Palla" pour la sculpture sur marbre.
Ce spécialiste du bronze utilise la technique traditionnelle de la fonte à la cire perdue (voir site: www.culture.gov.bf
, rubrique "magazine")

Il commercialise certaines de ses oeuvres au CNAA (salle Gal'Yan), expose dans des galeries d'art moderne, répond à des commandes particulières ou d'Etat.

Ali Nikiéma a participé à de nombreuses expositions dans le monde entier:
- 1984, il prend part à l'exposition "Village du bout du monde" à Macon (France)
- 1985, il participe à l'exposition "Carrefour du développement" à Paris (France)
- 1988, il est présent à une exposition au Centre culturel américain de Ouagadougou
- 1993, il expose successivement à Paris, au Québec et à Copenhague
- 1984, il remporte le 1er prix du concours de l'exposition itinérante organisée à Ouaga par l'Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT)
- 1988, il obtient pour la troisième fois le 1er prix du G.P.N.A. L (Grand Prix National des Arts et des Lettres) à la SNC Koudougou-Réo 88

Depuis 1988 il expose aux éditions successives du Salon International de l'Artisanat de Ouagadougou (SIAO)
Ali Nikiéma a ainsi été sacré "Artiste du peuple". On lui doit de nombreux monuments publics:
- le monument de la "Bataille du rail" (en collaboration avec trois autres artistes)

- le monument de la jeunesse à Ouahigouya
- une sculpture au parc de Skoulurd (Danemark)
- une sculpture à Ballaruc des Bains (France)

Il participe aussi à de nombreux symposium tel que celui de sculpture sur glace et neige de Luléa (Suède) et celui de sculpture à Lomé (Togo) et bien entendu celui de Laongo au Burkina Faso.

Innovateur technique, il a participé à la mise au point et à l'introduction au Burkina Faso d'un four à gaz pour la fonderie, plus fonctionnel, mais surtout plus économique et plus écologique.

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