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| "...
En fait, on commence à peine à percer le secret
de l'art Lobi. Et d'aucuns n'hésitent pas à situer
les Lobi au plus haut de la statuaire africaine, à reconnaître
en eux l'équivalent des sculpteurs romans, les créateurs
singuliers d'oeuvres qui vont droit à l'assentiel et ne
libèrent un rythme, une force qu'avec la certitute de frapper
au point d'impact le plus sûr. Avec les Lobi, il semble
qu'on remonte aux sources de la sculpture nègre, celle
qui dédaigne les effets ou l'anecdote. S'il fallait définir
l'art africain, un mot d'abord devrait le résumer: la dignité.
Jamais on n'observe ici une forme, un geste ou une expression
qu'on puisse qualifier de vulgaire, d'outré, ni même
qui soit dominé par l'expression du seul sentiment. Cette
dignité, cette réserve dense et puissante, les Lobi
les portent au maximum de tension et de concentration à
travers les sculptures d'ancêtres.
Farouchement repliés sur eux même, "vivant presque
toujours à une distance de flèche" de tout
voisin, les Lobi sont réputés pour n'avoir jamais
été soumis. Cette insoumission a trouvé ses
lois plastiques. Observons une statue lobi, de préférence
une tête sculptée: volume, taille, incision et crâne
nu souligné d'une arête large, c'est l'Egypte qui
semble se réincarner..."
Ibrahim
Baba KAKE / in " La Saga des peuples d'Afrique" |
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| Les
Lobi parlent des statuettes sous le terme de "bouthiba",
c'est à dire des remèdes (thi) qui murmurent
des paroles obscures (bour).
Les statuettes sont "les enfants du thil". Ce sont des
êtres vivants et sacrés, qui communiquent et qui meurent.
Loin d'être de vulgaires représentations, les statuettes
sont les intermédiaires entre le monde terrestre et l'au
delà. |
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Réceptacles
des forces de la nature, les statuettes lobi sont intimement liées
à l'univers religieux de ce groupe ethnique.
On reproche parfois à cette statuaire une certaine médiocrité
technique. Le sculpteur lobi n'est pas un spécialiste, encore
moins un homme de caste. Il est comme tout lobi, un paysan et un
guerrier. Ce sont les puissances de l'au-delà, par l'intermédiaire
du devin, qui l'ont obligé à réaliser cette
oeuvre qui n'apporte aucun prestige particulier et qui n'est guère
rémunérée. |
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| STATUAIRE
LOBI : style et gestualité |
Les
statuettes lobi sont généralement en bois. La station debout
est prépondérante avec une disproportion de la tête
de 1/5ème par rapport à l'ensemble du corps. Elles sont
majoritairement frontales, hiératiques et rigides. On y décèle
une volonté de stylisation et un géométrisme visible.
Ces uvres traduisent une expression symbolique de la réalité.
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| Statuette
1 |
Statuette
2 |
Statuette
3 |
| 1
- Les yeux sont
matérialisés par une simple incision, un disque,
un rectangle ou un bouton ovoïde. Ils sont sans regard, traduisant
en cela l'aversion des lobi pour la curiosité, considérée
comme une marque d'impudeur.
2
- La bouche est marquée par deux disques ou deux
rectangles en relief. Elle rappelle la déformation provoquée
chez les femmes par le port du double labret. Le
nezest court, droit, pointu ou triangulaire.
Les oreilles,
toujours stylisées, sont formées d'un
arc de cercle ou d'un disque en relief.
3
- La coiffure : les statuettes féminines ont le
crâne lisse et nu ou une coiffure en "casque".
Chez les lobi, on rase toujours le tour de la tête des femmes
pour former ainsi une calotte.
Sur les statuettes hermaphrodites à double tête,
la femme porte toujours une coiffure tressée ou un casque
de bois taillé pour la différencier de l'homme. |
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Les
bras et les mains sont
généralement collés au corps. Ils peuvent être
très courts, stylisés, sans coude ou longs et filiformes.
Les mains ont la forme de trapèze aplatis.
Les
jambes sont
légèrement fléchies, les pieds reposent sur
un socle. Le bas de la statue est en général négligé.
Si le geste est globalement expressif, le mouvement du corps traduit
des intentions dont la signification échappe au profane.
Chez les lobi, les techniques du corps sont codées et seuls
les initiés sont instruits du sens de telle attitude, de
tel geste ou de la fonction de telle uvre. La richesse de
la statuaire lobi se caractérise par l'extrême variété
des attitudes. Aucune scène de la vie quotidienne n'a échappé
au regard des sculpteurs. |
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Il
y a des statuettes appelées
" yadawoza ".Elles
évoquent l'impuissance de l'homme face aux contingences de
sa condition humaine.
Statuettes propiatoires, elles ont les bras levés au ciel,
écartés ou tendus en arrière, ou même
croisés et souvent les mains sur les épaules.
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Bras
levés au ciel, écartés ou tendus en arrière
sont les attitudes d'un homme affligé, d'un désespéré
en quête d'une aide, d'un secours. Un bras levé ou
tendu, une tête tournée à droite ou à
gauche, traduisent un malheur ayant frappé soit le matriclan
(gauche), soit le patriclan (droit).
La forme traduit rarement la fonction, elle renvoie à des
représentations sociales et religieuses. |
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